


Plus que des actions ponctuelles, la Fondation Rhamna se veut porteuse d’un projet économique, social et culturel pour la région. Ce projet relève d’un véritable défi dans un espace où les contraintes sont multiples. Contraintes héritées d’un milieu naturel ingrat, de conditions climatiques très peu favorables à une activité économique ouverte et prospère, et d’une pauvreté où l’homme se retrouve réduit la plupart du temps à lutter pour sa survie. Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour espérer faire face à ces difficultés grâce à un effort où se retrouvent unis les autorités locales et la société civile, que la Fondation Rhamna entend rapprocher encore plus et donner ainsi plus d’impact à leurs actions. C’est de cette union que cette fondation est née par ailleurs et grâce à elle qu’elle entend perdurer.
L’élan qui porte l’action de la Fondation est cependant loin d’avoir son ressort dans des considérations régionalistes. Une telle action ne s’inscrit pas non plus dans une approche électoraliste et clientéliste plus soucieuse d’une arithmétique des voix que de la remise en question du statu quo économique et social. Elle renvoie plutôt à une réflexion à l’échelle nationale qui considère que les perspectives de développement de notre pays demeureront réduites tant qu’une part considérable du territoire n’en fera pas partie.
Les promoteurs de la Fondation Rhamna ont ainsi choisi la voie difficile dans un espace où les gens n’attendent plus que des miracles. Le chemin parsemé d’embûches du fait de ces attentes de court terme, légitimes par ailleurs en raison du dénuement du milieu et de ses hommes. Dans un pays où la majorité de la paysannerie est composée de petits et micro exploitants, où le monde rural se débat avec les difficultés du quotidien et fait feu de tout bois pour subsister, la solution ne consiste pas, et encore moins en milieu aride et semi-aride, en l’adoption d’une stratégie primaire de l’offrande pour gonfler les rangs de ses partisans au risque de la voir faire long feu. C’est bien un projet s’étalant dans le long terme qui s’impose et qui doit s’évertuer à mettre en place les conditions d’une dynamique autocentrée du changement. Cela est d’autant plus nécessaire et urgent dans un espace et une société où la difficulté est poussée à l’extrême. Le projet est alors un véritable défi et s’annonce comme une œuvre pionnière aux retombées dépassant le cadre de la région. A ce titre le projet de la fondation est à maints égards exemplaire.
Rien ne va de soi, en effet, dans un milieu abandonné à son sort depuis longtemps et ne disposant pas des équipements de base indispensables à une activité économique viable et à une vie digne du citoyen. Il faut alors veiller à mettre en place les infrastructures nécessaires à un développement durable, former les compétences incontournables dans la conduite des différents projets. La tâche est lourde et compliquée et va de l’école à la création d’emplois, de l’incitation à la création d’entreprises à l’accompagnement des ruraux face à une activité agricole aléatoire et une diversification sectorielle de l’activité limitée par les ressources et les débouchés locaux.
Là, le défi consiste à sortir des sentiers battus, à ne pas se contenter d’injecter des sommes considérables pour parer au plus pressé. Il convient donc d’innover, de creuser des pistes nouvelles inspirées des ressources propres à la région et de ses contraintes. D’où l’intérêt de l’approche de la Fondation, d’où l’aspect pionnier de son ouvrage, la région est en effet un modèle de marge. Faire preuve de créativité dans un tel espace c’est participer activement à sortir du désenclavement et de l’exclusion d’autres régions du Maroc aussi mal loties. Mobiliser la population dans ce sens n’est pas chose aisée, il faut inculquer une véritable culture d’entreprise, un esprit de citoyenneté à une population soumise aux besoins quotidiens, autant d’éléments dont l’assimilation est déjà difficile dans le Maroc favorisé des grandes villes et des régions agricoles et industrielles.